Territoires laboratoires

Un territoire laboratoire est un territoire dans lequel se pratique la recherche contributive, une méthode qui réunit des chercheurs et des habitants afin d’imaginer de nouvelles pratiques théoriques, techniques et sociales qui peuvent renforcer la résilience d’une localité donnée.

Tout en abordant des problématiques locales, la recherche contributive ne vise pas des solutions au sens strict. Sa vocation est plutôt de mettre en place des structures de capacitation, au sein desquelles les habitants et les chercheurs pratiquent différents types de savoirs (savoir-faire, savoir vivre, savoirs théoriques). Elle part de l’hypothèse selon laquelle de telles capacités ou de tels savoirs sont nécessaires pour assurer non seulement le bien-être d’une population à long-terme (comme l’a montré la théorie des capabilités développée par l’économiste Amartya Sen), mais aussi la solvabilité économique et la soutenabilité écologique des territoires.

Actuellement, deux ateliers en Seine-Saint-Denis tentent d’expérimenter un tel modèle de capacitation : la Clinique contributive et le projet Urbanités numériques en jeux. Dans la Clinique contributive, des chercheurs, soignants et parents cherchent à développer de nouvelles pratiques de soin pour des tout-petits gravement intoxiqués par la surexposition aux écrans. Le projet Urbanités numériques en jeux se concentre sur un travail en vue de la reconstruction du village olympique après 2024 en Seine-Saint-Denis. Il rassemble des enseignants et élèves de plusieurs collèges et lycées du territoire autour de la pratique du jeu vidéo Minetest, dans le cadre d’un programme pédagogique construit par chacun. Cette pratique est articulée avec l’étude des nouveaux outils et modèles de conception numérique imposés au architectes et urbanistes tel que le BIM. Cela afin d’anticiper les mutations profondes du territoire et entrevoir l’émergence de nouveaux métiers du bâtiment.

Les deux projets se lient étroitement aux questions posées au sein de l’AAGT-Ars Industralis : celles de l’éducation, des relations intergénérationnelles, de notre rapport aux objets digitaux ainsi que de la recherche appliquée et expérimentale. Des membres de la génération Thunberg participent régulièrement ou ponctuellement à ces ateliers, pour y apporter leurs propres savoirs et en cultiver de nouveaux. Ces immersions sur le terrain de Plaine Commune et ses « académies » de recherche contributive ont aussi pour but d’alimenter les autres activités de l’association.

L’AAGT est également associée au projet de l’Archipel des vivants, un projet de recherche contributive translocal qui met en réseau l’île de Crès en Croatie, Sherkin Island en Irlande, la Corse, les îles Galápagos en Équateur et « L’île-Saint-Denis » en région parisienne, afin d’interroger la possibilité de transférer des savoirs cultivés localement à d’autres territoires. Des membres de l’AAGT y réfléchissent notamment à la manière de faciliter et organiser des échanges entre les différentes « générations Thunberg » propres à ces localités, par des voyages sur places ou par voie numérique.